Rencontre avec Valérie Ferrando, coordinatrice artistique

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VALERIEFERRANDO

Aujourd’hui, nous vous proposons une rencontre avec Valérie Ferrando. Ancienne danseuse au CCN – Ballet de Lorraine, elle y est désormais coordinatrice artistique. Au cours de l’entrevue, elle nous explique son parcours mais aussi ses missions au quotidien.

Floriane : Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Valérie : J’ai commencé la danse assez tôt, à 7 ans, d’abord dans une petite école suisse, puis dans une autre, toujours en Suisse, pour bénéficier d’une formation professionnelle complète. Je suis arrivée au CCN – Ballet de Lorraine à 18 ans en septembre 1993, en tant que stagiaire suite à une bourse d’études d’une fondation en Suisse, la Migros, qui aide les artistes. A mes débuts, j’étais remplaçante et puis finalement, j’ai réussi à faire mes preuves. J’ai eu la chance d’être engagée au ballet où j’ai dansé pendant plus de vingt ans. J’y ai connu quatre directeurs : Pierre Lacotte, avec lequel on avait vraiment un répertoire de ballets romantiques, Françoise Adret, Didier Deschamps qui s’est davantage orienté vers le répertoire contemporain, et enfin Petter Jacobsson. J’ai arrêté de danser en 2014. Après une reconversion, je suis désormais assistante chorégraphe (ou répétitrice) et coordinatrice artistique.

F. : Tu as donc deux « casquettes ». Nous reparlerons de tes fonctions de répétitrice plus tard mais peux-tu nous dire en quoi consiste le travail de coordinatrice artistique ?

V. : Une partie conséquente du poste est de mettre au point le planning artistique des danseurs en lien avec la direction. Celui-ci s’élabore toujours en partant de la présence des chorégraphes. Nous nous engageons avec eux pour leur proposer un volume horaire nécessaire pour élaborer leur création. Nous devons aussi libérer du temps pour travailler les pièces de répertoire diffusées en tournée. Parfois, nous sommes obligés de partager le planning entre création et reprise ce qui est loin d’être facile. D’autant plus si on a plusieurs programmes à répéter. Pour Chaillot par exemple, il nous fallait répéter six pièces alors que nous avions en même temps des tournées et des temps de création. Nous avions enfin une représentation prévue au CND avec encore d’autres pièces. C’est un vrai casse-tête ! Surtout que le temps nécessaire est variable et dépend de beaucoup de paramètres : Y a-t-il des nouveaux danseurs ? Des reprises de rôles ? Est-ce une pièce qui n’a pas été dansée depuis longtemps ? Certaines pièces ont besoin d’être retravaillées tous les jours pour l’endurance, comme Steptext. L’avoir remontée et l’avoir en tête ne suffit pas. Parfois, certains chorégraphes reviennent, mais c’est assez rare. Le fait d’avoir été danseuse constitue selon moi un avantage puisque je peux avoir une idée du volume horaire nécessaire pour les répétitions par rapport à quelqu’un qui ne connaîtrait ni la danse, ni les besoins et demandes des danseurs. J’essaie de me mettre à leur place et de déterminer avec les répétiteurs le temps à octroyer. On fait pour le mieux, même si on aimerait souvent avoir plus de marge de manœuvre.

Je dois aussi m’assurer que les distributions sont faites suffisamment à l’avance par la direction pour que Sophie, notre assistante diffusion, puisse réaliser les rooming lists pour les tournées. Je ne travaille jamais seule, je dois toujours être en lien avec toute l’équipe et j’assiste notamment Petter.

J’ai aussi d’autres missions plus ponctuelles. En ce moment, je m’occupe, par exemple, des auditions. Je centralise les demandes, réponds aux participants, m’assure de la logistique de la journée sur place et accueille les participants.

Pour résumer, coordinatrice artistique, c’est faire le lien entre l’artistique et les différents services, et centraliser les demandes. Si les danseurs en ont des spécifiques, ils vont forcément passer par moi. Et je suis en lien permanent avec l’équipe technique, ou bien encore l’atelier Costumes si nous avons besoin d’un accessoire ou de costumes pour répéter. Inversement, si Martine, responsable de l’atelier, doit faire des essayages, elle me demandera quand les danseurs sont disponibles. Mon rôle consiste aussi à anticiper les problèmes qui pourraient se présenter. Il ne faudrait pas que l’on se retrouve sur scène avec une pièce qu’on n’a pas pu répéter ou avec un costume qui n’est pas fait à temps…

F. : Comment conçois-tu les plannings ?

V. : Il existe une règle de base : les plannings doivent être diffusés trois semaines à l’avance aux danseurs bien qu’ils puissent être encore modifiés par la suite. Cela leur permet de connaître les amplitudes de travail et les jours de repos. L’élaboration des plannings se fait aussi en lien avec la gestion des studios. C’est-à-dire qu’il faut trouver de la place pour chaque activité qui se déroule dans la maison : des répétitions aux ateliers en passant par les cours de danse et les accueils studios… C’est là aussi parfois un peu difficile à gérer puisque certaines demandes de studios sont faites très à l’avance et il faut se projeter dans un futur assez lointain. Il faut, par exemple, imaginer qu’à telle période de l’année nous serons en train de travailler pour une tournée, nous aurons besoin d’un certain nombre d’heures et d’un certain nombre d’espaces… Certaines pièces ne mobilisent parfois pas tous les danseurs et nous pouvons donc répéter plusieurs programmes en même temps. Dans ces situations, nous avons la chance d’avoir plusieurs répétiteurs pour que chacun puisse travailler sa pièce dans un studio.

F. : As-tu commencé ton travail de coordinatrice artistique en même temps que celui de répétitrice ?

V. : J’ai commencé un peu avant en reprenant le poste de Christophe Béranger. Mais au début, je continuais aussi à danser. L’année suivante, mes missions ont pris de l’ampleur et j’ai fini par arrêter ma carrière d’interprète. Il devenait trop compliqué de passer du temps au bureau et de filer en répétitions… Souvent d’ailleurs, je n’avais pas le temps de m’échauffer avant. C’était aussi le moyen de passer pleinement à autre chose comme je le souhaitais.

F. : Te déplaces-tu à chaque tournée pour accompagner les danseurs ?

V. : Les déplacements en tournée sont encore une autre facette de la coordination. Par le passé, cette mission était plutôt gérée par la personne en charge de la logistique des tournées. C’est désormais moi qui pars en tant que responsable de tournée. Ainsi, de la même manière, je centralise les demandes de chacun, qu’il s’agisse des théâtres ou des danseurs. Je fais en sorte que la tournée soit la plus confortable possible et que, par exemple, les danseurs n’aient pas à gérer les difficultés du quotidien. En tournée, c’est vraiment l’aspect pratique qui prime. Par exemple, si un danseur est blessé, il faut l’accompagner faire des soins.

Quand j’étais encore danseuse, j’avais déjà ce rôle mais je ne pouvais pas être disponible à tout moment. Alors que maintenant, je peux prendre du temps pour aller voir les différentes personnes et gérer toutes les situations : faire le lien avec la technique, adapter les plannings (il peut aussi m’arriver en tournée d’être en plus répétitrice sur les pièces…). Je dois reconnaître que le téléphone portable est un outil vraiment très utile ! C’est mon meilleur ami en tournée et je n’arrête pas d’envoyer des petits textos aux danseurs pour les tenir informés au quotidien.

Interview réalisée le 11 février 2016