Rencontre avec Joséphine Meunier

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Joséphine Meunier

Joséphine Meunier

Nous vous proposerons désormais deux fois par mois sur le blog du CCN – Ballet de Lorraine (CCNBL) un nouveau rendez-vous éditorial. Celui-ci prendra la forme de rencontres avec des personnes qui travaillent chaque jour au CCNBL, pour ainsi vous faire découvrir les coulisses de la création. Aujourd’hui, nous rencontrons Joséphine Meunier. Elle a intégré le CCNBL le 31 août 2015, au sein de la Cellule d’Insertion Professionnelle (CIP).

Mise en place en 2005, la CIP s’adresse à de jeunes danseuses et danseurs ayant achevé leurs études de danse. Elle leur permet de suivre les classes techniques et de participer aux répétitions, et à certaines créations ou reprises aux côtés des danseurs du ballet.

Bonjour Joséphine, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Joséphine Meunier, j’ai 20 ans. Je sors tout juste de mon cursus à Lyon au CNSM (Conservatoire National Supérieur Musique et Danse) où j’y ai passé quatre ans. J’ai passé l’audition pour le CCN – Ballet de Lorraine en février 2015. Il s’agissait d’une audition générale, pas spécifiquement pour la CIP. J’ai d’ailleurs passé l’audition en même temps qu’Elsa Raymond (nouvelle danseuse au sein de la compagnie – son interview sera publiée prochainement). A la fin de cette audition, j’ai été appelée et c’est à ce moment là que je me suis vue proposer un contrat pour intégrer la CIP.

Qu’est-ce que représente la CIP pour toi ?

Pour moi, cela représente une superbe opportunité, car je suis jeune et je sors du cursus. Mais je comprends qu’il me manque peut-être une maturité dans le travail pour avoir tout de suite un poste dans la compagnie. Alors, je trouve cette forme de CIP très bien pour des jeunes, comme Carlo (Carlo Schiavo est également en CIP cette année – son interview sera publiée prochainement) et moi.

Comment s’est passée ton intégration au sein de la compagnie ?

J’avais un peu peur d’arriver dans un groupe qui ne me connaissait pas, alors que tous les membres du groupe se connaissent très bien. D’autant plus que nous sortons un peu d’un cocon quand nous sommes dans une école, nous passons quatre ans avec les mêmes personnes, nous sommes comme une petite famille, et quand nous quittons cela, nous nous retrouvons tout seul face au travail. J’avais un peu d’appréhension par rapport à comment j’allais être accueillie. En fait, c’est très accueillant ici, tout le monde est super sympa. Cela se fait au fur et à mesure, je pense qu’il ne faut pas presser les choses.

Tu connaissais un peu la région ?

Non, en fait, j’avais juste fait un stage ici d’une semaine, un mois avant l’audition. C’est ainsi que j’avais découvert un peu les locaux, mais sinon, je ne connaissais pas du tout Nancy.

Tu avais un peu des appréhensions ?

Je savais qu’il faisait très froid, qu’il fallait se préparer au climat mais, sinon, sans plus !

Pour revenir à ton parcours, quels ont été tes premiers pas dans la danse ?

J’ai commencé à 4 ans la danse classique.

C’était parce que tu en avais envie ?

Oui, en fait, ma grande sœur en faisait et quand j’étais petite, j’allais regarder ses cours. Cela m’a donné envie d’en faire aussi. Ensuite, au fur et à mesure, les professeurs ont dit à mes parents que j’étais assez douée. J’étais avec une professeure, Monique Arabian (Danseuse étoile du ballet National de Yougoslavie et actuelle Directrice de l’Académie Chaptal), à Paris, qui prépare au concours d’entrée de l’Ecole de danse de l’Opéra. Elle a parlé avec mes parents, et bien que je ne connaisse pas du tout cela, elle leur a dit que j’étais prête. J’avais 9 ans, j’ai passé le concours et j’ai été prise à l’Ecole de l’Opéra. J’y suis restée trois ans et demi. Ensuite, je suis allée un an au CNR (Conservatoire à Rayonnement Régional) de Boulogne, puis deux ans au CNSM de Paris puis 4 ans au CNSM de Lyon.

Pourquoi ce choix d’être danseuse ?

Je pense que c’est venu au fur et à mesure. J’ai eu l’opportunité, quand j’étais petite, de danser à l’Opéra Garnier et à l’Opéra Bastille. Donc cela ne peut que jouer : j’étais sur scène, avec des danseurs étoile, je faisais partie d’un ballet, j’ai vu qu’il y avait un public qui nous regardait… Que tu as cette force quand tu es sur scène. Je pense que c’est ce qui a fait que j’ai eu le déclic.

Quelles sont tes envies pour l’avenir ?

J’aimerais si possible rester ici après l’année en CIP. Quand nous sommes en CIP, je pense que ce qui va être déterminant pour rester dans la compagnie ensuite, c’est d’avoir l’occasion de danser sur scène. En tournée à Charleroi, j’ai pu le faire pour Sounddance, mais après je pense que c’est important qu’ils nous voient évoluer sur un an, et que nous ne restions pas uniquement en studio. Après peut-être que ce ne sera pas possible, mais j’aimerais rester ici parce que cette compagnie me plait beaucoup. Sinon, je passerai d’autres auditions et je continuerai mon chemin là où on m’accueillera.

C’était une belle expérience de monter sur scène à Charleroi ?

J’étais très contente quand j’ai su que j’étais dans la distribution. C’était très intense parce que l’apprentissage a du se faire très vite. Tout le monde est sur toi : les gens qui t’apprennent ton rôle, les gens avec qui tu vas danser pendant la pièce, Tom Caley (coordinateur de recherche et assistant chorégraphe), qui était le répétiteur et qui me donnait d’autres corrections… Alors j’étais très chamboulée, mais tout cela a fait que j’ai pu partir, alors c’était vraiment bien.

Pourquoi ce choix du CCN – Ballet de Lorraine ?

Comme je t’ai expliqué précédemment, j’avais déjà fait un stage ici. En fait, quand nous sommes en dernière année à Lyon, nous avons la possibilité de faire un stage en compagnie et j’avais choisi cette compagnie, parce que le répertoire m’intéressait beaucoup. Quand j’étais en stage ici, on m’a dit que je pouvais venir passer l’audition. Et puis ici, le répertoire me plaît parce qu’il est très varié et je trouve, qu’encore une fois, comme je suis jeune, c’est bien de toucher un peu à tout quand tu ne sais pas forcément où tu t’engages au début. Cela ne peut que nous faire progresser de voir différents chorégraphes, différents style de danse, pour ensuite plus tard, choisir peut-être un style.

A quoi ressemble une semaine type pour toi ici ?

Nous avons chaque jour les cours avec la compagnie. Nous sommes vraiment intégrés au sein du groupe. Et après, selon les jours et les semaines et les pièces qui sont travaillées, et fonction du panneau d’affichage où sont indiquées les distributions, nous pouvons voir où nous sommes remplaçants, parce qu’en tant que CIP, il n’y a aucune pièce, enfin je pense pour l’instant, où nous sommes titulaire pour danser tout de suite, ce qui est normal. Du coup, soit ce sont des pièces où nous ne pouvons pas trop danser en même temps, et dans ce cas là, nous regardons. Moi, j’aime bien prendre des notes et être attentive pour voir ce qu’il se passe. Soit nous pouvons le faire au second plan. Par exemple, cette semaine, avec Opal Loop/Cloud Installation #72503 de Trisha Brown, nous sommes vraiment au même niveau que tout le monde, parce que c’est nouveau pour tout le monde, nous répétons avec les autres et nous faisons vraiment comme eux. Cela dépend vraiment du répertoire.

Quels sont selon toi les aspects les plus difficiles du métier de danseur ?

Comme j’ai commencé assez jeune, je suis consciente que cela va être un travail quotidien et que rien n’est jamais acquis, que ce n’est jamais parfait. C’est d’ailleurs bien pour cela que nous avons un cours tous les matins. Tous les jours, nous devons travailler pour retrouver notre corps différemment. Cela peut être en fonction ce que vous avons vécu, comme les blessures… Nous sommes toujours en recherche par rapport au corps. Au niveau du mental, je pense que c’est plus dur parce que nous devons être plus mûrs plus vite que les autres personnes. Moi, je l’ai ressenti en tout cas, parce que j’ai quitté très vite ma famille… Tu dois faire face à cela. Tu as décidé de faire ce métier, donc tu acceptes les conséquences. Je trouve que nous devons grandir plus vite dans notre tête, nous devons plus travailler sur nous et être en perpétuelle recherche sur nous. Je pense que c’est cela qui est le plus dur,  surtout cette année.

As-tu dû fait beaucoup de sacrifices jusqu’alors ?

Jusqu’alors j’ai toujours réussi à gérer l’aspect personnel et l’aspect professionnel. Après, je suis restée en France. Si j’étais partie à l’étranger, cela aurait été plus compliqué. Mais jusqu’à maintenant, ça va.

Quels sont les aspects les plus bénéfiques dans la danse ?

Je pense que c’est la scène. Je pense que tout le monde fait ce métier pour cela En tout cas,  être danseur-interprète, c’est prendre du plaisir avec un public. Et je pense qu’en étant sur scène, tu ressens des choses que tu ne ressentirais pas par ailleurs. Moi, je sais que sur scène, je me dévoile plus que quand je suis en cours, ou en studio. Il y a quelque chose en plus qui se passe.

Quelles sont, selon toi, les qualités indispensables pour être danseur ?

Je pense qu’il faut être généreux, parce que nous donnons de notre personne. Faire un spectacle pour les gens, c’est donner quelque chose. Il faut aussi pouvoir travailler avec un groupe, être respectueux des autres, parce que nous ne sommes pas tout seuls… Avoir cette notion de groupe et des autres est importante.

Si tu devais me citer tes chorégraphes préférés…

J’adore Jiří Kylián. Globalement, j’aime beaucoup le néoclassique. Et je me rends compte, de plus en plus, en commençant ici, que j’aime beaucoup Twyla Tharp, parce qu’une des pièces que je préfère ici, c’est In The Upper Room. Et en fait, dans cette pièce, il y a un mélange entre des danseurs ballet et des danseurs contemporains. Je trouve cela très intelligent d’avoir proposé ce style de travail.

Que voudrais-tu ajouter pour clore l’entretien ?

Je voudrais juste dire que j’ai la chance d’être ici, je la saisis tous les jours et j’essaie de montrer tous les jours que je mérite cette place.

 

Interview réalisée le 15 octobre 2015.