Rencontre avec Itamar Serussi

Posted in LIVEXTASE

Nous sommes début janvier 2015 et le chorégraphe Israélien Itamar Serussi se prête au jeu de l’interview, pour nous livrer son état d’esprit et sa vision de la pièce COVER, création présentée en mars prochain lors du programme LIVEXTASE à l’Opéra national de Lorraine. De rires en confidences, le chorégraphe dévoile au public les clefs de compréhension de cette création 2015.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis artiste chorégraphe, j’ai 36 ans et 2 enfants. Je vis à Amsterdam mais je suis originaire d’Israël avec la double nationalité italienne. Je suis chorégraphe en résidence au Scapino Ballet basé à Rotterdam. Et je travaille actuellement avec la compagnie du CCN – Ballet de Lorraine pour la création COVER présentée en mars prochain à Nancy.

Comment êtes-vous devenu chorégraphe ?

COVER- ITAMARSERUSSI copieJ’ai crée mon premier solo en 2002 il durait 3 minutes 30 (rires). J’étais terrifié parce que c’était dans le silence. J’ai malgré tout continué à danser mais j’ai rapidement été lassé de danser pour les autres et j’ai voulu continuer à développer « ma propre » danse. J’ai d’abord créé quelques solos, puis j’ai repris mes études entre 2007 et 2009 pour faire un Master en chorégraphie en Hollande. Le but était d’avoir les bases  nécessaires à la mise en place de ma propre compagnie. J’en ai profité également pour travailler avec d’autres personnes : des amateurs, compagnies et  des étudiants. C’était une période transitoire pour connaître le métier mais aussi être au contact de tout types de danseurs. Ensuite j’ai recrée des pièces notamment un solo d’une demi-heure et aussi un trio pour filles. J’ai commencé à affiner de plus en plus ma vision de la danse et mes envies en tant que chorégraphe.

Quel type de danse avez-vous pratiqué avant d’être chorégraphe ?

Quand j’étais enfant, je dansais des danses folkloriques. C’est seulement à l’âge de 16 ans que mes parents m’ont proposé de m’inscrire à des cours de danse classique.

C’était ce que vous souhaitiez également ?

Oui tout à fait, je voulais vraiment être danseur. A l’époque je faisais beaucoup de sports acrobatiques, de la natation, du tennis et c’était un vrai désastre, ce n’était pas fait pour moi. Du coup, j’étais vraiment très heureux de pouvoir essayer enfin la danse. J’ai vraiment dansé entre 16 et 18 ans. J’ai commencé à faire des performances, à travailler pour différentes compagnies comme le Junior Ballet de la Batsheva Dance Company, mais aussi en freelance en Europe. Jusqu’en 2007 j’étais danseur et après je me suis replongé dans les études.

Est ce la première vous que vous travaillez pour une compagnie comme le CCN – Ballet de Lorraine ?

Non mais c’est la première fois dans ces conditions. Je travaille pour le Scapino Ballet mais c’est une plus petite compagnie. C’est vraiment la première fois que j’ai l’opportunité de créer une pièce pour autant de danseurs.

IMG_0744 copieComment vivez-vous cette nouveauté ?

Je suis ravi pour l’instant les moments du processus me conviennent et ce qu’on a travaillé aussi. Mais le plus difficile est de trouver la bonne voie.

Selon vous quelle est la spécificité de cette compagnie ?

C’est vraiment un groupe très diversifié et hétérogène. Je suis très content de travailler avec le CCN – Ballet de Lorraine mais c’est une première pour moi et c’est différent de ce que j’ai vécu auparavant. Je suis très exigeant et je sais ce que je veux c’est pourquoi parfois la rencontre peut être compliquée, notamment lorsque l’on est face  à un groupe qui a l’habitude de travailler ensemble.

Qu’est ce qui est le plus difficile pour vous lorsque vous travaillez avec une autre compagnie ?

Tout. C’est toujours très difficile lorsque l’on rencontre de nouvelles personnes. Vous pouvez demander aux gens avec qui j’ai déjà travaillé, que ce soit des compositeurs ou des danseurs, à chaque fois c’est difficile de les faire « entrer » dans mon univers. Cela demande du temps et de la patience aux gens avec qui je travaille parce que justement, je sais exactement ce que je veux et où je veux les emmener. Mais j’aime la rencontre…C’est le chemin que je veux leur faire « emprunter » qui est difficile et sinueux. Il y a des paliers à passer pour qu’ils comprennent là où je veux les conduire.

Parlons de votre création, COVER. D’abord pourquoi COVER quelle est la signification de ce titre ?PHANUELISA COVER

Pour moi, le plus difficile est de trouver un nom à mon travail. Parfois le temps nous force à prendre des décisions rapidement ou parfois nous avons plus de temps pour faire ce choix. COVER ici a le sens de couvrir… Je trouve la musique très romantique, j’aime cette musique. Il ne s’agit pas de couvrir la musique mais couvrir l’histoire que je souhaite raconter.

  Et que pouvez-vous nous dire sur la pièce elle-même ?

Je veux que ce soit comme une sorte d’hallucination pour le public. Je sais que Berlioz consommait de la drogue à l’époque où il a écrit La Symphonie Fantastique. Cette pièce va raconter plusieurs histoires. La musique est tellement spécifique que je voulais donner au public plusieurs interprétations de cette composition. D’après moi le public pourra choisir l’interprétation qui leur « parlera » le plus. La danse va couvrir plusieurs interprétations de La Symphonie Fantastique. C’est une musique tellement expressive que même lorsque je demande aux danseurs de faire un mouvement loin de l’interprétation « classique » de cette dernière c’est difficile. Cette pièce est un vrai challenge car je veux vraiment donner à voir différemment ce chef d’œuvre classique et romantique. Je ne veux pas être en opposition avec la musique mais vraiment me détacher des présupposés, des images « romantiques » qui apparaissent à l’instant même où l’on écoute cette musique.

La musique est importante pour vous. Mais pourquoi Berlioz ?

Je connaissais ce style de musique baroque à l’image de Stravinsky avec Pulchinella ou Petrouchka. Au début j’avais suggéré de venir avec mon compositeur pour faire une création de A à Z, jusqu’à la musique. Mais on m’a demandé de travailler avec l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, en live car c’est la thématique de la saison. Au début je n’avais pas vraiment d’idée donc j’ai demandé un peu à mes proches ce qu’ils aimaient ou connaissaient dans ce style de musique et on m’a parlé de Berlioz. Je ne connaissais pas vraiment Berlioz ni même l’importance qu’il avait dans ce champ musical. J’ai rapidement compris tout le poids que j’avais sur les épaules en choisissant ce morceau (rires). Du coup le fait que je ne sois pas fin connaisseur ni de Berlioz et encore moins de cette composition fait que je ne me cantonne pas à une certaine vision de la pièce. Cela me permet d’élargir mon champ de vision et d’explorer certaines pistes très diverses, d’avoir une certaine liberté.

COVER7 copieComment avez vous utilisé cette liberté ?

J’ai crée ma propre histoire sur Berlioz, je n’ai pas illustré celle de Berlioz. Là est toute la différence. C’est difficile d’ignorer l’histoire de cette pièce mais je vais essayer d’en faire quelque chose de nouveau.

Votre travail va être présenté en mars, à quelle étape de votre création êtes-vous ?

Je suis dans une phase où je suis un petit peu ailleurs. Je dirais que j’en suis à la moitié du travail. Mais il faut savoir que je suis assez « désordonné » dans mon processus de création. Je n’arrive pas à créer de façon linéaire. J’ai besoin de créer beaucoup et des choses très différentes, puis de les tester avec les danseurs…C’est une sorte de chaos et une fois que j’ai toutes les pièces du puzzle je commence à les assembler. C’est pour ça que j’ai du mal à me situer au niveau du processus de création. Parfois quand on teste des choses avec les danseurs cela m’emmène vers de nouveaux horizons… La seule contrainte que j’ai est la date du spectacle, c’est ce qui va restreindre ou non mes explorations parce que je sais qu’à un moment ou un autre je dois conclure et assembler mon travail.

Qu’avez vous envie de dire au public nancéien pour qu’il vienne voir votre pièce ?

J’espère, du moins j’ai fait en sorte, que cette pièce plaise à toutes les générations. D’abord je pense que la musique parlera certainement au plus « âgés » et ensuite il y a une certaine folie qui peut plaire à la jeunesse. C’est vraiment un autre aspect, une autre lecture de la musique que vous pourrez découvrir grâce à cette création, du moins je l’espère. C’est une autre facette de « Berlioz » que je veux vous faire découvrir, que je veux « couvrir ».

RETOUCHE TRISTAN COVERC’est un challenge pour vous de travailler avec un orchestre ?

Oui en quelque sorte car il y a certaines restrictions et les mouvements doivent s’inscrire précisément avec la musique. Mais j’ai un bon contact avec le chef d’orchestre Aurélien Azan-Zielinski donc je suis finalement pressé maintenant de voir ce que ca peut donner avec la musique live.

Enfin pouvez-vous résumer votre pièce en 3 mots ?

LEGER mais dans le sens où elle est dénuée du sérieux des codes de la danse contemporaine. STYLE dans le sens ou il y a une certaine esthétique et POETIQUE.

Propos recueillis au CCN – Ballet de Lorraine le 8 janvier  2015 La pièce COVER du chorégraphe Itamar Serussi vous est présentée les 5,6 et 7 mars à 20h et le 8 mars à 15h à l’Opéra national de Lorraine dans le cadre de notre second programme : LIVEXTASE